16 septembre 2010

Ségolène Royal : "C’est un triste jour pour la sécurité sociale".


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La majorité de droite de l’Assemblée nationale vient de voter une réforme des retraites. C’est un triste jour pour la sécurité sociale. Je le redis solennellement nous rétablirons les retraites à soixante ans et à soixante cinq ans. Les revenus du capital devront contribuer, ce n’est que justice. Je dis aux Français de ne pas fuir vers les assurances privées et les banques qui vont se lancer dans des publicités mensongères. Le droit garanti à la retraite à soixante et à soixante cinq ans sera rendu aux Français.

Ségolène Royal

15 septembre 2010

A 1 euro le vote, les socialistes rêvent de 4 millions d'électeurs

En 2006, seuls les militants PS avaient désigné Ségolène Royal. Pour 2012, le candidat PS sera choisi par tous ceux qui le désireront.

1 Quel est le calendrier prévu pour cette consultation ?
Certains points peuvent être modifiés. Reste que, à la date d'aujourd'hui, le dépôt des candidatures aurait lieu en juin 2011 - ce qui risque de poser un problème à Dominique Strauss-Kahn, dont le mandat à la présidence du FMI court jusqu'en septembre de la même année.
Un certain nombre de « filtres » assez perméables (parrainage de 5 % des membres du Conseil national, par exemple) seront mis en place pour éviter les candidatures par trop fantaisistes.
Après la traditionnelle université d'été à La Rochelle, fin août 2011, qui promet d'être moins consensuelle que celle de cette année, la campagne officielle se déroulera en septembre et octobre, avec figures imposées et passages obligés avant un vote en deux tours. Le premier, fin octobre, pour sélectionner les deux finalistes, le second quinze jours plus tard, pour les départager.
Rapidement, pour recoller d'éventuels pots cassés, se tiendra une convention de réunification. Comme cela s'est passé chez les démocrates américains lorsque Hillary Clinton a apporté son soutien à Barack Obama.
2 Qui pourra prendre part à ce vote ? Toutes les personnes le désirant, la seule condition étant qu'elles soient inscrites sur les listes électorales. Chaque votant sera amené à signer un document par lequel il s'engage à soutenir le candidat désigné par cette consultation.
Bien évidemment la liste des personnes ayant participé au scrutin ne sera pas publiée. Par contre, si plus tard certains ténors du parti venaient à apporter leur soutien à un autre candidat de gauche, leur engagement pris lors des primaires serait rappelé…
Pour l'heure, on sait que, dans les autres partis de la gauche, ces primaires ne suscitent que peu d'intérêt. Parti communiste et Parti de gauche ne veulent pas en entendre parler. Les Verts ont d'ores et déjà fait connaître le nom de leur candidate. Pour leur part, les radicaux de gauche n'ont pas répondu à la main tendue du PS.
3 Où pourra-t-on voter ? Dans les zones rurales, le PS veut installer au moins un bureau de vote par canton. Le souhait est de ne pas dépasser, par bureau, 5 000 personnes pouvant voter.
Dans les villes de moyenne importance, on s'achemine vers un seul lieu de vote avec plusieurs bureaux.
Le cas des grandes villes n'est pas encore tranché. Mais il est clair que, dans une cité comme Bordeaux, plusieurs bureaux seront mis en place dans chaque quartier de la ville.
4 Qui va payer une organisation aussi lourde ? Ceux qui iront voter, peut-on répondre, puisqu'une participation sera demandée à chaque électeur. Elle sera modeste. Il avait été envisagé, dans un premier temps, de réclamer 2 euros à chaque votant. La somme a été divisée par deux, soit 1 euro à chaque fois qu'un bulletin sera déposé dans l'urne.
Sachant qu'Arnaud Montebourg et ses amis ont l'espoir de voir 4 millions de Français se déplacer (ils remarquent qu'en Italie les primaires qui avaient désigné Romano Prodi avaient attiré 4,5 millions d'électeurs), les frais seraient couverts. D'autant plus que, lors de ce même scrutin italien, c'est en moyenne 10 euros qu'avait donnés chaque votant.
Les socialistes français en arrivent même à rêver que, si les choses se passent comme en Italie - 4 millions de personnes aux urnes, chacune remettant 10 euros -, c'est un pactole de 40 millions qui serait ainsi amassé. « De quoi faire face à deux campagnes présidentielles », note un optimiste.
Une association de financement sera créée tout exprès pour cette consultation.
5 Existe-t-il un risque d'entrisme ? Des personnes de droite pourraient-elles venir voter en masse afin de peser sur le scrutin socialiste ? Parmi les responsables du PS - d'Arnaud Montebourg à Ségolène Royal - interrogés sur la question, personne n'y croit.
À La Rochelle, lors d'une discussion sur le sujet face à 400 personnes, le député de Saône-et-Loire a demandé qui irait voter si la droi- te organisait pareille consulta- tion. Seules trois mains se sont levées…
6 Les urnes seront-elles « bourrées » ? C'est la question qui fait bondir au PS. « Impossible, avec les listes électorales et la pièce d'identité demandée à chaque votant », répond-on. Avant d'ajouter : « Les bureaux seront tenus par des sympathisants, pas par des militants. Rien à voir avec une consultation interne. » On respire.
(1) La Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) est l'ancêtre du Parti socialiste français, créée en 1905.

12 septembre 2010

Les dix Plaies du sarkozysme

A l'instar des dix Plaies d'Égypte, le sarkozisme a ses dix Plaies et la maxime de Calderon, «le pire n'est pas toujours certain», est malheureusement chaque jour contredite par l'attitude de Nicolas Sarkozy et de ses ministres. Cette rentrée nous en apporte une nouvelle fois la preuve

 
Le Président de la République empêtré dans les affaires — le dossier Woerth-Bettencourt n'étant que la partie immergée de l'iceberg — a de l'avis d'un grand nombre d'observateurs prononcé un discours de "matamore" à Grenoble, comportant plusieurs propositions irréalisables. Les devoirs de vacances étaient pour son ami et ministre de l'intérieur Brice Hortefeux et ses collègues du gouvernement qui réfléchissent déjà au prochain remaniement et prennent les positions tactiques nécessaires pour éviter d'être évincés à l'automne. Les "cahiers de vacances" ont donc été scrupuleusement remplis et les élèves besogneux auront leurs récompenses. Peu importe l'image de la France à l'étranger et la haine de l'autre ainsi attisée et libérée...
 
Cette plaie sécuritaire est la première, voyons la suivante : la RGPP qui prévoit de ne remplacer qu'un fonctionnaire sur deux malgré des effectifs en constante diminution sont clairement insuffisants dans de nombreux services publics, à l'école, à l'hôpital et même dans la police, en dépit d'un discours présidentiel toujours en décalage avec les actes.
 
Comment oublier la mise en place du fameux "bouclier fiscal" qui sera heureusement peut-être écorné par la disparition de certaines niches fiscales ? Ce qui est clair aujourd'hui, c'est bien que Nicolas Sarkozy, derrière des propos populistes qu'il souhaite populaires, protège avant tout une classe de privilégiés et de gens fortunés. Aux petits, le discours démagogique sur la sécurité, "première des libertés", aux plus aisés, la possibilité d'un enrichissement sans limite.
 
Pendant ce temps-là, la dette publique augmente et la dépendance du pays au secteur banque-finance aussi. C'est peut-être l'une des explications de l'incroyable mansuétude de Nicolas Sarkozy à son endroit. Mais c'est également une plaie profonde et une tache tenace qui restera à l'heure du bilan du mandat Sarkozy. Les gouvernements anglais et américains eux-mêmes sont allés beaucoup plus loin que lui dans la recherche de la stabilité du monde de la finance.
 
L'incapacité à engager une véritable politique de réindustrialisation est également un fait coupable, mais là aussi, les actes parlent d'eux-mêmes car il est difficile d'encourager le secteur de la Banque-finance sans pousser celui de la Banque-investissement à disparaitre...
 
L'absence de politique industrielle est souvent à l'origine d'indicateurs catastrophiques sur le front de l'emploi : chômage de masse non endigué, mais aussi chômage des jeunes et des seniors devenu chronique. La plaie prend ici la forme d'un discours politique en constant décalage avec les chiffres réels du chômage et le retour de la fameuse critique de la majorité : "c'est la faute des 35 heures". Le bilan de la politique actuelle est sinistre, et ce ne sont pas nos mises en garde qui l'affirment, mais bien les études officielles de l'INSEE.
 
L'atlantisme, le rapport au religieux et son corollaire, le communautarisme, les libertés publiques bafouées, les promotions-nominations-licenciements du fait du Prince, la Justice démantelée, le secteur agricole asphyxié, la démocratie locale démembrée... nous mènent bien au delà des dix plaies si l'on y ajoute le démantèlement de la retraite à soixante ans, avec toujours la même stratégie : Nicolas Sarkozy affirme dans un premier temps qu'il ne touchera à rien pour ensuite proposer d'augmenter l'âge de la retraite sans pour autant assurer le financement objectif de la réforme !
 
La rentrée politique sera-t-elle difficile ? Tout laisse à le penser. Le risque le plus grave est que le Président de la République, au-delà de ses incapacités structurelles à gouverner et à réformer la France, n'affaiblisse davantage nos institutions au point de fracturer un peu plus encore la confiance des Français à l'égard des politiques.

Par Jean-Michel Clément Député de la Vienne

 

10 septembre 2010

Retraites : une réforme qui lèse les femmes







C'est l'un des nombreux arguments de ses détracteurs : le projet de réforme des retraites du gouvernement laisse de côté le sort des femmes. Au point que deux associations de gauche, Attac et la Fondation Copernic, ont saisi mardi 7 septembre la Haute Autorité de lutte contre les discriminations (Halde) sur ce point.

Leur argumentaire s'appuie sur un fait majeur : les femmes sont, en moyenne, plus représentées parmi les précaires, et ont plus souvent des carrières discontinues. "La situation des femmes dans l'emploi est déjà défavorable : leurs salaires sont 20 % inférieurs en moyenne, elles ont un parcours professionnel plus haché, elles sont nettement plus nombreuses en temps partiel que les hommes, explique au Monde.fr Jean-Marie Harribey, coprésident d'Attac. Or la réforme recule l'âge de départ sans décote, ce qui rend leur situation encore plus défavorable."
"AUCUN DISPOSITIF PRÉVU"

Les chiffres sont éloquents : en 2007, le montant des retraites des femmes représentait 56 % de celles des hommes. Un quart de leurs pensions provenaient en outre de droits dérivés (pension de reversion). Quatre femmes retraitées sur dix touchaient moins de 600 euros par mois (contre un homme retraité sur dix). D'autres effets structurels désavantagent les femmes : elles occupent ainsi 82 % des temps partiels, par exemple, et ne sont que 44 % à effectuer une carrière complète.
Les Français ne s'y trompent pas : selon un sondage réalisé sur Internet par le Laboratoire de l'égalité cet été, 91 % d'entre eux estiment que "le projet ne prend pas en compte les femmes", 83 % qu'il est "plus favorable aux hommes qu'aux femmes". Pourtant, cette préoccupation n'a pas touché le gouvernement.
Le projet de réforme ne prévoit que peu d'améliorations pour elles : il envisage uniquement d'assimiler à des salaires les indemnités journalières de maternité, et promet  "des mesures destinées à garantir que les entreprises s’investissent dans la réduction des écarts salariaux entre hommes et femmes", sans précision supplémentaire.
"Il n'y a aucun dispositif prévu", estime Jean-Marie Harribey. Résultat, selon lui, d'une réforme aux visées exclusivement financières. "S'occuper de la question revenait à aborder frontalement la question de l'emploi et des conditions de travail durant la vie active, à remettre en question l'organisation du travail depuis trois décennies. Or il n'est pas question de faire des choses en faveur des salariés", résume-t-il.
Nicolas Sarkozy, qui a annoncé quelques pistes en guise de concessions au lendemain de la contestation, mercredi 8 septembre, n'a d'ailleurs rien proposé sur les femmes.
"LES FEMMES REPRÉSENTENT 52 % DE L'ÉLECTORAT"
La gauche n'est pas seule à poser la question du sort des femmes dans la réforme. La députée UMP Chantal Brunel s'est faite, depuis des mois, la championne de cette cause. En juillet, elle avait déposé un amendement visant à maintenir à 65 ans l'âge de départ à taux plein pour les femmes ayant plus de deux enfants. Celles-ci ont des retraites inférieures d'un quart en moyenne à celles des femmes qui ont eu un seul enfant ou pas d'enfant du tout.
Adopté en commission des finances, il avait été rejeté en commission des affaires sociales, Eric Woerth estimant qu'il risquait de "créer une inégalité flagrante et de nombreux problèmes juridiques". Il était aussi politiquement inopportun de faire une exception à la règle d'airain des deux ans supplémentaires travaillés, sans compter que la mesure représenterait un surcoût important.
Une erreur, pour Chantal Brunel, qui compte bien déposer de nouveau son amendement, ainsi que deux autres : l'un vise à majorer de 5 % les cotisations des entreprises qui emploient plus d'un quart de temps partiels, l'autre à pénaliser plus lourdement les entreprises qui ne prennent pas d'accord sur l'égalité salariale hommes-femmes.
"Elle est déterminée à se battre", explique-t-on dans son entourage. "Il ne faut pas oublier que les femmes représentent 52 % de l'électorat. Si elle n'a "pas encore pris de décision", Chantal Brunel n'exclut pas totalement de soutenir des amendements de gauche sur le sujet.
Samuel Laurent

Par 337 voix contre 245, le Parlement européen demande à la France de « suspendre immédiatement toutes les expulsions de Roms », condamnant une « rhétorique provocatrice et discriminatoire »

Le Parlement européen a voté aujourd’hui une résolution demandant à la France de « suspendre immédiatement toutes les expulsions de Roms ». Après le Conseil de l’Europe et ses diverses émanations, l’ONU à travers le CERD, la presse américaine, européenne et internationale, le pape Benoît XVI et des membres éminents du clergé français, c’est au tour du Parlement européen, la seule partie du pouvoir législatif de l’Union Européenne élue au suffrage universel, de condamner la politique de Nicolas Sarkozy et du gouvernement Fillon envers les Roms.
Eric Besson, en visite officielle à Bucarest, a déclaré qu'il n'était « pas question » que la France suspende les reconduites à la Frontières de Roms.
La résolution, présentée par les sociaux-démocrates, par les libéraux-démocrates, et par les Verts, respectivement 2ème, 3ème, et 4ème force politique du Parlement européen, a obtenu 337 voix (58%) contre 245, et 51 abstentions.
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Le Parlement européen de Strasbourg, actuellement en séance plénière (6-9 septembre 2010)
La résolution, qui s’adressait à tous les Etats membres, mais où seule la France était citée nommément, demandait à ces Etats de « suspendre immédiatement toutes les expulsions de Roms ».
Dans la résolution, le Parlement « s'inquiète vivement en particulier de la rhétorique provocatrice et ouvertement discriminatoire qui a marqué le discours politique au cours des opérations de renvoi des Roms dans leur pays, ce qui donne de la crédibilité à des propos racistes et aux agissements de groupes d'extrême droite ».
Le Parlement se déclare également « vivement préoccupé par les mesures prises par les autorités françaises ainsi que par les autorités d'autres Etats membres à l'encontre des Roms et des gens du voyage prévoyant leur expulsion ».
La résolution critique par ailleurs la récente réunion sur l’immigration et la libre circulation organisée par le gouvernement français à Paris, ces sujets relevant « de la compétence de l’Union Européenne ». Elle souligne aussi que « cette attitude est allée de pair avec une vague de stigmatisation des Roms et de dénigrement général des Tsiganes dans le discours politique. Le droit de tous les citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement dans toute l'Union constitue un pilier de la citoyenneté de l'Union telle qu'elle est définie par les traités ».
Le Parti populaire européen (PPE), 1ère force politique du Parlement européen, allié avec les eurosceptiques de l’ECR (Réformistes et conservateurs européens, rassemblant principalement les conservateurs britanniques et les élus polonais du PiS de Jaroslaw Kaczynski), ont tenté de faire diversion en déposant une résolution ne condamnant pas la politique française à l’égard des Roms, mis la résolution a été rejetée par le Parlement.
Ces derniers jours, la France avait fait l’objet de nombreuses attaques au Parlement européen, tandis que les groupes préparaient leurs résolutions pour le vote d’aujourd’hui jeudi.
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Livia Jaroka, Hongroise, seule eurodéputée rom, membre du PPE (1er groupe du Parlement, droite)
La seule élue rom au parlement européen, Livia Jaroka, hongroise et membre du PPE (droite), déclarait mardi dernier : « Personne ne doit être expulsé au seul motif d’être Rom », tout en souhaitant éviter, à droite comme à gauche, « toute tentative d’instrumentalisation de la question rom ».
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Martin Schulz à la tribune du PSE à Toulouse lors de la campagne pour les élections pour le Parlement européen de 2009
La matin même, Martin Schultzprésident allemand du groupe social démocrate, et futur président du Parlement à mi-mandat suite à un accord droite/gauche à l’issue du dernier scrutin de 2009, avait martelé : « Ce qui se passe en France est inacceptable. ». Il avait ensuite dénoncé une « chasse aux sorcières ».
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Guy Verhofstadt, Belge, président des libéraux-démocrates au Parlement européen
Le président du groupe des libéraux-démocrates, le Belge Guy Verhofstadt, avait dénoncé la « tentation populiste, parfois raciste » qui se manifeste en France.
Plusieurs eurodéputés français sont également intervenus mardi. « Le gouvernement fait un usage extensif de la notion de trouble à l'ordre public » pour justifier les expulsions, estime l’écologiste Hélène Flautre. Le Front National s’est fait ironique ; Bruno Gollnisch a déclaré : « Sarkozy et Hortefeux auraient dû savoir que les traités allaient ouvrir les frontières. L'angélisme est une autre forme de racisme. ».
Rares ont été les voix qui se sont élevées pour défendre la position du gouvernement français. Bien sûr, Jean-Pierre Audy, chef de file des eurodéputés UMP, a dénoncé l’ « hypocrisie » des positions des autres pays, comme Pierre Lellouche, secrétaire d’Etat aux affaires européennes, dans un entretien accordé au journal Le Monde dans son édition datée du 10 septembre 2010 ; M. Lellouche étant en visite officielle à Bucarest avec Eric Besson aujourd’hui et demain. La seule autre voix qui a défendu la position de Nicolas Sarkozy et du gouvernement français est celle de Manfred Weber, eurodéputé allemand de la très conservatrice CSU, qui dirige la riche Bavière.
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José Manuel Durao Barroso, président de la Commission européenne, s'est montré discret
Mais derrière les critiques de la France, c’est la relative passivité de la Commission Européenne qui est visée. Est-elle due une équipe Barroso marquée plus à droite que le Parlement ? Ou à la légitimité qu’ils tiennent uniquement des gouvernements qui les ont nommés ?
L’Autrichien Hannes Swoboda, vice-président du groupe social-démocrate, est « profondément déçu, car Barroso a émis très peu de critiques »« Nos concitoyens veulent savoir si le gouvernement français a violé ou non la législation communautaire. »
Sur ce point, Viviane Reding, la Commissaire à la Justice, aux Droits fondamentaux et à la Citoyenneté, reste très prudente, malgré ses positions passées vigoureusement en faveur des Roms. Elle a demandé « davantage d’informations » au gouvernement français sur « un certain nombre de points », après avoir pris note des « garanties » données par le gouvernement français au regard du droit européen –  « La France a bien expliqué qu'il n'y avait pas d'action ciblée contre les Roms. », et avoir regretté la non-intégration dans le droit français de la jurisprudence européenne découlant d’une directive de 2004 : délais d’un mois pour les personnes visées par une expulsion, procédure écrite, principe de « proportionnalité » entre la décision et la situation de la personne, et possibilité de faire appel de la décision d’expulsion.
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Viviane Reding, Commissaire européenne luxembourgeoise à la Justice, aux Droits fondamentaux et à la Citoyenneté
Viviane Reding communiquera son analyse à ses collègues de la Commission européenne « la semaine prochaine ». Elle a suggéré qu’elle n’hésiterait pas à engager des poursuites contre la France ou tout autre Etat membre en cas de traitement discriminatoire des Roms.
Viviane Reding a appelé de ses vœux une réunion ministérielle de « haut niveau » sur le thème de la « non utilisation ou la mauvaise utilisation » des fonds européens destinés à l’intégration des 10 à 12 millions de Roms européens. La Suède avait émis de façon appuyée, à travers deux de ses ministres, le même souhait il y a quelques semaines, appelant même à un plan d’envergure pour résoudre la question des Roms au niveau européen.
Viviane Reding a constaté : « Les fonds sont disponibles. Ils ne sont pas utilisés pour régler le problème parce qu'il se pourrait qu'il ne soit pas très populaire au sein des Etats membres d'utiliser les fonds européens pour aider la population rom. »
De fait, la solution semble en effet passer par un vaste plan européen concerté utilisant les fonds européens jusqu’à présent non utilisés. Mais les gouvernements européens veulent-ils favoriser l’insertion des Roms dans l’Union, donc aussi chez eux ? À écouter Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi, rien n’est moins sûr. Reste qu’après la résolution adoptée par le Parlement européen, un rapport de la Commissaire Viviane Reding condamnant la France et la traînant devant la justice européenne aurait certainement quelques effets, cette fois. Prochain épisode la semaine prochaine…
Frédérick Moulin
Sources : Le Monde daté du 9 septembre 2010

A vous de juger (le monde)

  Que retenir de l'émission "A vous de juger" consacrée jeudi soir 9 septembre sur France 2 à la réforme des retraites ? La prestation souriante, sereine et décontractée de François Fillon ?
 
Ou bien celle, plus vigoureuse et passionnée, mais toute aussi convaincante, de Ségolène Royal ?
!
Ce fut à l'évidence une soirée riche d'enseignements politiques. S'agissant du premier ministre, disons, au risque de nous tromper, qu'il semblait d'autant plus à l'aise qu'il donnait l'impression d'être sur le départ. Répondant aux questions, plutôt bienveillantes, d'Arlette Chabot et de Jean Boissonnat, il s'est livré à un exercice de pédagogie d'autant plus réussi que personne ne lui portait vraiment la contradiction. Calme, compétent, il entendait démontrer que le projet de réforme du gouvernement, étant donné la brusque aggravation de la situation économique du fait de la crise, est le seul susceptible de sauver le système par répartition. Attentif à ne pas sous-estimer l'ampleur de la mobilisation de mardi 7, il déclara : "Ce n'est pas une réforme facile. Je comprends parfaitement l'inquiétude des Français." Avant d'ajouter : "Il faut dire la vérité : si l'on ne travaille pas plus longtemps, on ne cotisera pas plus, et c'est tout le système qui sera en péril."
 
Bien entouré - de nombreuses personnalités de la majorité assistaient à l'émission, parmi lesquelles Christine Lagarde, Roselyne Bachelot, Nadine Morano, Xavier Bertrand, Gérard Larcher, Luc Chatel -, nulle tension ne semblait l'habiter. "Je vous trouve extrêmement détendu et serein, plus qu'avant", lui confia Arlette Chabot. Manière de sous-entendre qu'il y avait là peut-être anguille sous roche...


Si le premier ministre est peut-être sur le départ, Ségolène Royal, elle, est assurément de retour. Peut-être même est-ce la première fois qu'elle réussit à ce point une prestation télévisée.
 
Evoquant le souvenir de son dernier conseil des ministres présidé par François Mitterrand, elle déclara :
 
"Je le dis solennellement : oui, si nous accédons au pouvoir en 2012, nous rétablirons la liberté de partir à la retraite à l'âge de 60 ans."
 
Les choses étaient dites, avec clarté, sans ambiguïté, et, plus surprenant, reconnaissons-le, de manière argumentée.
 
En l'écoutant, on comprenait - enfin ! - qu'il y a bel et bien deux projets de réforme des retraites, et, plus profondément, deux visions différentes de la société qui s'opposent.
 
"Le système que le gouvernement veut mettre en place est le plus sévère d'Europe", expliqua Ségolène Royal, chiffres à l'appui, avant de conclure par un vibrant : "Nous nous battrons le dos au mur."
 
Ceux qui pensaient que les primaires du PS allaient se résumer à un choix entre Dominique Strauss-Kahn et Martine Aubry ont peut-être parlé trop vite.
 
La Royale est toujours là. Il faudra dorénavant compter avec elle.
Franck Nouchi (Chronique)

5 septembre 2010

Les Roms, le poète et l'ordre

Par claude lelièvre - Envoi d'un ami philosophe.
  Une lettre de Flaubert à George Sand. 
« Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s'étaient établis à Rouen. Voilà la troisième fois que j'en vois. Et toujours avec un nouveau plaisir. L'admirable, c'est qu'ils  excitaient la haine des bourgeois, bien qu'inoffensifs comme des moutons. Je me  suis fait très mal voir de la foule, en leur donnant quelques sols. Et j'ai entendu de jolis mots à la Prudhomme. Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens d'ordre.
C'est la haine qu'on porte au Bédouin, à l'Hérétique, au Philosophe, au Solitaire, au Poète. Et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m'exaspère. Du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat, comme une poupée à qui on retire son bâton. »
G. Flaubert, lettre à G. Sand, 12 juin 1867 (Correspondance, éd. de la Pléiade tome 5, pp. 653-654)